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Simone Veil : la « patronne »


Rédigé le Vendredi 30 Juin 2017


(Crédit image: Gamma)
(Crédit image: Gamma)
Antoine Veil, son mari, l’appelait la « patronne ». Avec le départ de Madame Simone Veil, c’est une page entière de notre histoire contemporaine qui finit de s’écrire. Car Madame Veil fût d’abord témoin puis actrice des drames et des victoires qui ont caractérisé l’évolution de notre Europe. Par ailleurs, ce fût aussi pour moi une amie, une sage conseillère, et une figure respectée.
Si l’on veut comprendre ce que furent les soixante dernières années du XXème siècle, il suffit de regarder la biographie de cette femme qui eut un destin, parce que le destin a failli la faire disparaître à Auschwitz, comme disparurent plusieurs membres de sa famille dans cette tragédie que rien n’effacera plus jamais : l’Holocauste. Quand enfin, de longues années plus tard, elle consentit avec cette voix douce et calme, à raconter ce que les prisonniers avaient vécu dans les camps, on comprit qu’une partie d’elle-même s’était déjà donnée à la grandeur de l’humanité résistante. Car résistante, elle le fût jusqu’au bout. Nos relations commencèrent à partir de 1974, peu avant qu’elle ne se fasse insulter, injurier, menacer jusque dans l’enceinte de l’Assemblée nationale où elle présentait son texte-phare sur l’IVG. Les français découvrirent une voix déterminée, une femme combative. Hors des caméras, nous fûmes quelques uns à voir dans les bureaux de son ministère, tard le soir, les larmes de rage qui ne quittaient plus ces yeux magnifiques.
Après sa lutte pour survivre à l’horreur, après son combat pour le respect et la dignité de la vie que choisisse de donner les femmes, tout naturellement, elle se tourna vers les causes de nos drames continentaux pour essayer de vaincre les haines entre nos nations européennes. Elle entraina en 1979 l’élection des députés européens au suffrage universel en conduisant avec une flamme inattaquable, une liste qui la mènera à la présidence de ce nouveau Parlement. Je lui dois mon engagement européen parce qu’elle m’a fait sentir que les nationalismes extrêmes n’étaient pas morts, ne mourraient peut-être jamais, mais qu’il fallait les réduire, les combattre.
Madame Simone Veil a été longtemps la personne préférée des français : ce fût justice. Alors sa vraie place n’est pas uniquement celle d’une icône, d’un symbole. Elle est au Panthéon. Parce que résistante-femme, puis femme résistante et combattante, puis femme de paix entre les nations belligérantes de l’Europe. Après avoir subi l’Histoire, elle l’a fait progresser. Et dans ces temps incertains où l’Europe a failli chanceler, et où la dignité des femmes fait à nouveau l’objet d’ignobles attaques, de démarches rétrogrades, sa vie héroïque en réalité, doit briller comme un exemple unique dans le temple des Grands de notre Histoire.
  
Jean-Marie Cavada
Député européen
Président de Génération Citoyens






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