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Mouvements citoyens, jusqu’où ?


Rédigé le Mardi 8 Décembre 2015


Le rejet de la classe politique « aux affaires » depuis des années provoque 4 réactions :
L’abstention, à près de 50% ;
Le soutien des extrêmes : le Front National bien sur qui frôle les 30% mais le Front de Gauche autour de 5%, soit 17-18% des inscrits ;
Un double mouvement « citoyen » dont les deux facettes ne doivent pas être confondues :
D’une part, l’émergence d’entités nouvelles indépendantes des partis traditionnels, comme Génération Citoyens ;
D’autre part, des initiatives hors partis visant à favoriser l’émergence ex nihilo de candidats issus de primaires citoyennes
Il me semble important de mettre un peu de clarté dans ces initiatives citoyennes et essentiel que Génération Citoyens se positionne clairement et ne se dilue pas dans un pathos sympathique mais sans avenir politique.
Analysons d’abord les structures citoyennes qui se mettent en place, puis les processus démocratiques nouveaux qui sont proposés.

Quelles structures citoyennes ?
De nombreux mouvements dits citoyens apparaissent, en France comme ailleurs. Certains sont des partis politiques, d’autres de simples associations, d’autres encore des groupes informels. Leur caractéristique affichée est qu’ils regroupent des gens qui ne sont pas des professionnels de la politique et qui, même s’ils ont déjà eu un engagement politique voire obtenu un mandat électif, n’ont pas la politique comme seul gagne-pain. Pour tout compliquer, certains vieux routiers de la politique se rangent sous la bannière à la mode de la société civile et des mouvements citoyens, alors que leurs listes regroupent autant de professionnels et aussi peu de membres de la société civile que les listes concurrentes ou que celles qui les ont précédées dans d’autres élections.
En parallèle, d’autres mouvements, plutôt informels, voient le jour avec l’objectif annoncé de présenter aux élections de 2017 des candidats issus de primaires citoyennes. Il s’agit là de s’affranchir complètement de la tutelle de tout appareil, qu’il soit d’un parti ou d’un mouvement citoyen.
Il suffit de regarder le fonctionnement des élections aux Etats-Unis pour comprendre l’intérêt d’une généralisation des primaires, au sein de structures organisées. Aux Etats-Unis, aucun candidat n’est investi par l’appareil d’un parti. Chaque candidat, fut il le sortant, se présente d’abord aux primaires de son parti, c’est-à-dire aux suffrages des militants, dans le cadre d’une première campagne. C’est vrai pour les élections du président, des sénateurs fédéraux ou des états, des représentants à la chambre fédérale ou aux chambres des états, des gouverneurs et de leur équipe (gouverneur adjoint, trésorier), etc…
La leçon importante à mes yeux est que l’on peut généraliser le système des primaires à l’intérieur d’une structure militante et organisée. C’est, du reste, ce que propose Génération Citoyens.
En revanche, je reste sceptique sur les résultats concrets de primaires qui se dérouleraient en dehors de toute structure. Ne va-t-on pas trop loin dans la dynamique citoyenne ? On peut, sans doute doit-on montrer critique à l’égard des partis traditionnels est légitime, au vu de leur inefficacité à gérer et à entendre les citoyens. On peut, sans doute doit-on rejeter les politiciens de carrière, qui ont démontré qu’ils se souciaient plus de maximiser la rémunération obtenue du cumul de leurs mandats électifs et des prébendes qui les accompagnent. En revanche, rejeter totalement l’idée que l’action politique puisse se dérouler dans le cadre de partis organisés, même si leur fonctionnement est totalement rénové, me semble à la fois naïf et inefficace.
Concrètement, je trouve contradictoire d’adhérer à Génération Citoyens et, en parallèle, de prétendre que le salut viendra de Laprimaire.org ou de #Mavoix !

Le processus démocratique
Dans ce domaine aussi, il faut, je le crois, différencier clairement plusieurs idées.
La première idée est que le programme d’un parti moderne doit être non pas écrit par un petit groupe, mais co-construit par ses militants et/ou sympathisants, que ce soit par des méthodes classiques, comme le propose Génération Citoyens avec le processus proposé autour du Conseil National de la Réforme, ou par le recours à des plates-formes collaboratives. J’y souscris totalement.
La seconde idée est de proposer le recours régulier au Référendum d’Initiative Populaire. C’est un mécanisme largement répandu aux Etats-Unis, qui permet aux citoyens de proposer des référendums, souvent sur des sujets sociétaux, et de les soumettre au vote. Ce mécanisme a prouvé son efficacité. J’y souscris également.
Pour autant, Il faut, à mon sens se garder de l’illusion d’un système de démocratie participative généralisé, dans lequel les citoyens seraient amenés à voter sur tout et en permanence. Je suis en ce domaine d’accord avec Pierre ROSANVALLON : « On peut décider que tous les soirs, on ait les 10 référendums du jour sur son ordinateur. Techniquement ce serait facile mais ce ne serait pas un progrès démocratique : la démocratie n’est pas constituée de décisions hachées, mais de décisions construisant une politique ».
Ceci nous amène à la troisième idée, selon laquelle le « numérique » permettrait de construire un nouveau système politique qui remplacerait la démocratie élective, dans lequel le peuple se gouvernerait tout seul : la généralisation de l’agora athénienne grâce au numérique. Je n’y crois pas.

En conclusion
Génération Citoyens se construit sur quelques idées fortes et novatrices quant à son fonctionnement, notamment : le rejet des politiciens de carrière, la co-construction du programme politique, le recours approprié au Référendum d’Initiative Populaire, la désignation des candidats par les militants dans le cadre de primaires internes.
J’appelle nos adhérents à se concentrer sur ces idées, à s’investir dans l’élaboration de notre programme et à ne pas se laisser tenter par les idées de primaires citoyennes et par les excès d’une démocratie participative généralisée, qui me semble illusoire.
Il faut renforcer Génération Citoyens plutôt que l’affaiblir par la diffusion des efforts et la dilution dans des mouvements dont le contenu programmatique est rigoureusement inconnu.

Philippe RIBEYRE – Référent Régional LRMP








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