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Les hauts et les bas d’un débat


Rédigé le Vendredi 18 Novembre 2016


(Crédit image: CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/POOL/AFP)
(Crédit image: CHRISTOPHE ARCHAMBAULT/POOL/AFP)
« L’Audimat gouverne la France » (François Mitterrand, 1992 à Carmaux).
Cette phrase lapidaire dit quelque chose de la fonction des grands médias lorsqu’il s’agit d’expliquer à l’opinion les projets politiques que gouvernants ou aspirants veulent faire comprendre aux électeurs. Le débat de ce jeudi 17 novembre en est la troisième illustration en quelques semaines.

Distinguons la forme d’abord. Décor désuet, lumière pale au lieu d’être chaleureuse, plans montrant sept candidats alignés comme des barquettes dans un rayon de supermarché, visages mal éclairés et mal filmés : une volonté spectaculaire vieillotte des années Tapie, grise imitation des émissions politiques américaines. Encore deux ou trois émissions comme cela, et l’audimat (plus faible que lors du premier débat de cette Primaire), s’effondrera. Il ne manquera pas alors de bonnes personnes pour expliquer que « la politique n’intéresse pas ».

S’il s’agissait de s’acquitter d’un devoir comme on ingère une cuillère d’huile de foie de morue, en alignant dans une seule émission sept candidats qui disposaient de deux minutes par thème, alors c’est réussi. S’il s’était agit de remplir avec un savoir faire professionnel un vrai devoir civique d’explication des projets de chacun pour que les électeurs aient une vraie matière pour choisir, alors c’est raté. Mieux eût valu en trois émissions (ou quatre s’il le fallait), traitant à chacune d’entre-elles un seul thème pour ne pas caricaturer les programmes des candidats, infantiliser leur expression, et au total mépriser les spectateurs. A propos de mépris, Sarkozy aurait été moins fondé à rembarrer Pujadas sur la question de l’argent de Kadhafi si en pareille émission de présentation des programmes, une même question embarrassante avait été posée successivement aux autres candidats. Car à ma connaissance au moins trois d’entres eux auraient eu à s’expliquer. Quant à la réflexion « on verra çà lundi matin », elle ne grandit pas son auteur.
 
Sur le fond. 2h20 d’un débat moins « franchouillard » que les autres : c’est bien. Enfin, on a évoqué l’avenir de l’Europe dont celui de la France est indissociable. « Evoqué » est le mot. Parce que quelques minutes pour dessiner l’avenir d’un Continent dangereusement menacé, c’est quand même un peu court. Quelles sont les urgences européennes ? Réfugiés, immigration économique, frontières, défense interne et externe des Européens, transition énergétique européenne, coopération amplifiée avec l’Afrique, dialogue avec la Russie, positionnement par rapport à Washington : tout cela va conditionner notre avenir immédiat et aurait mérité une émission en soi. Pour les autres thèmes nous avons entendu des affirmations claires, des idées générales timides, et quelques inexactitudes ou erreurs que les journalistes ont d’ailleurs laissé passer.
 
La démocratie et ses acteurs publics ne sont pas au service des médias, et notamment des médias publics. Ce sont eux qui sont au service de l’Opinion. Et je me fiche bien d’enfreindre les règles classiques du spectacle informatif télévisé alors que mon pays est gouverné par l’égarement, l’abstentionnisme, et la peur de demain. Mais je sens bien que j’exagère puisque, comme le disait Mitterrand (qui a libéralisé les ondes au début des années 80), et comme le fit Chirac (qui vendit la chaine publique la plus importante du pays au privé), « C’est l’Audimat qui gouverne la France ».
 
Jean-Marie CAVADA
Député européen
Président de Génération Citoyens
 








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