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Colère des paysans : notre immobilisme nous conduit dans le mur


Rédigé le Mercredi 2 Septembre 2015


Depuis le début de l’été, les agriculteurs, qu’ils soient éleveurs porcins, bovins ou producteurs de lait, ne décolèrent pas, malgré les aides financières promises par Monsieur Stéphane Le Foll. L’enveloppe de 600 millions d’euros ne semble pas les calmer Pourquoi? Trop peu pour certains, inefficace ou subvention en trompe-l’œil  pour d’autres. La PAC (Politique agricole commune) qui a fondé son modèle économique depuis 1962 sur l’assistanat, « pour soutenir l’activité agricole », n’a pas modifié sa manière de voir et de faire malgré des paradigmes économiques et sociétaux radicalement différents. Les agriculteurs font face à des baisses de prix constantes sur un marché mondialisé et à une concurrence contre laquelle ils ne peuvent rien.

Ils ne décident pas de leur prix de ventes alors qu’ils sont entrepreneurs, sont endettés à des niveaux intenables et sont le jouet de décision prises, à Bruxelles, voire sur les marchés mondiaux, par les traders de l’agro-finance qui spéculent sur les matières premières en toute impunité.

Depuis plusieurs années, les agriculteurs tirent la sonnette mais les gouvernants font la sourde oreille en les calmant à coup de subventions. La dernière en date, celle du gouvernement sous la présidence de Monsieur Nicolas Sarkozy en 2012, qui a reclassé l’aide en prêt, en d’autres termes une invitation à réemprunter à des taux préférentiels… Cela ne peut plus durer.

Puissante, l’agriculture française et c’est là le paradoxe, va mal. 

 

Voici les principaux constats :

  • un système de subvention issu de la PAC, injustement réparti alors que la France reste le premier bénéficiaire avec 19 % de l’enveloppe de 58,8 milliards d’euros. 70 % des aides directes aux agriculteurs ne vont qu’à 20 % des exploitations, souvent à des entreprises agro-alimentaires qui pour certaines d’entre elles, ne réalisent qu’une partie de leur production en France. La forte majorité des exploitations de taille petite ou moyenne, touche moins de 5000 euros /an, avec des contreparties administratives et de mise aux normes couteuses. Conclusion la PAC appauvrit la plupart des paysans.
  • une grande distribution tyrannique qui fait la pluie et le beau temps en termes de tarifs et de lobbying.
  • un taux de suicides élevés (485 suicides en 3 ans soit un suicide tous les deux jours).
  • des agriculteurs endettés au bord du gouffre.

72 h de travail hebdomadaire et ils vivent du RSA.

Seules les grandes exploitations tireront leur épingle du jeu et font la loi.

Moins médiatisée, l’agriculture cache une pauvreté et une misère honteuse dans un pays comme la France. C’est une pauvreté invisible, pudique et fière. La misère qui se cache au fond de nos campagnes n’épargne pas ceux qui, depuis des générations, exploitent la terre et élèvent leurs bétails. Les paysans, ces intendants de la terre nourricière depuis des millénaires, n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Ils vivent dans la précarité, font face au surendettement et aux procédures judiciaires. Ces hommes et ces femmes qui aiment leur métier ne peuvent plus en vivre dignement et sont obligés de cumuler plusieurs activités pour s’en sortir.

Les jeunes générations n’assurent plus la relève de ceux partant à la retraite. Précarité, faibles revenus, charges et horaires de travail élevés, endettement important à l’installation, telles sont les causes de ce désengagement. Aucun autre secteur économique n’a connu une régression d’emplois aussi massive. En 1963, on comptait 1,9 millions d’exploitations en France, aujourd’hui il y en a environ  de 400 000. C’est dire la perte nette d’emplois!

Il est urgent de changer de cap.

La PAC assortie de son système de subvention visant à soutenir et réguler la production  – elle se justifiait au sortir de la guerre – est en grande partie responsable de cette précarité. Les paysans devenus des fonctionnaires de Bruxelles, ne décident plus des prix qu’ils doivent pratiquer. Je souligne que c’est l’un des rares secteurs de l’économie dans lequel un chef d’entreprise ne décide pas de ces prix de vente. Dépossédés de leur pouvoir de décision, ils sont à la merci du dumping qui s’est développé depuis une dizaine d’années, et qui s’envole du fait de l’entrée de nouveaux pays aux règles sociales et environnementales moins contraignantes. Il n’y a pas besoin d’aller jusqu’en Chine pour trouver des travailleurs – esclaves dans les exploitations de fruits et légumes. Comment un arboriculteur français peut-il résister face à ceux qui emploient de la main d’œuvre issue de l’immigration clandestine comme en Espagne ?

Beaucoup d’agriculteurs demandent la sortie de la PAC. Beaucoup d’entre eux demandent le droit à l’autonomie. Écoutons-les ! Dans leur grande majorité, les agriculteurs réclament la sortie de la PAC. Ils veulent devenir autonomes, piloter le destin de leur entreprise, choisir leur marché et décider de leur prix de vente en fonction de leurs coûts fixes. À l’instant T, aucun ministre de l’agriculture français n’a eu le courage de les écouter et d’adopter une position visant à sortir de ce système d’assistanat qui étrangle notre agriculture. Ce n’est pas faire preuve d’idéologie mais bien de pragmatisme que d’écouter la voix d’une forte majorité d’exploitants agricoles qui tirent la sonnette d’alarme.

Sortir de la PAC ou la revoir entièrement, oui il le faudra bien. D’ailleurs c’est la position de plusieurs états membres comme l’Angleterre estimant que cet argent serait plus utile à la recherche et aux technologies de pointe. Mais quand et comment ? De plus, les pays entrants très agraires, comme la Pologne et la Roumanie, profitent à leur tour des largesses du système. Avec pas mal d’abus non contrôlés.

Cette gabegie doit s’arrêter. Sans solutions de fond pérennes, il est très probable que le mouvement de protestation agricole s’amplifie avec les risques qu’il comporte pour les citoyens et les contribuables. Il y aura de la casse et nul ne s’en étonnera, sauf peut-être ceux qui ont des œillères!

Billet d’humeur de Véronique Richez-Lerouge, spécialiste du monde agricole et engagée « Génération Citoyens » en région Poitou-Charentes, Limousin, Aquitaine.

 








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