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Attentats : la République visée


Rédigé le Mercredi 27 Juillet 2016


(image fanceTV.info)
(image fanceTV.info)
Nice, 14 juillet 2016 : le symbole historique de l’unité nationale est attaqué par un terroriste et ses complices, au prix d’une terreur semée par un homme à bord d’un camion pendant trois minutes quatorze secondes au bout desquelles il a  fallu relever 84 morts et des dizaines de victimes. Cette horrible équipée a maculé notre fête nationale d’un sang qui mettra longtemps à sécher.
Mardi 25 juillet 2016 : deux djihadistes de 17 et 19 ans font pénétrer la barbarie dans une petite église de la banlieue de Rouen pour égorger un prêtre de 86 ans , blessé gravement un fidèle, filmant le tout, pour finir un peu plus tard sous les balles des policiers.
En douze jours, deux symboles parmi les plus respectés, les plus profondément caractéristiques de notre République et de son peuple, sont ciblés par EI. Ce n’est pas un hasard, il faut y réfléchir et s’organiser.

D’abord pouvons-nous assurer une meilleure sécurité aux Français ? Sans doute, mais il y faudra un prix élevé.  En termes de moyens humains, financiers, cette « israëlisation » de la sécurité due à la population est possible. Mais elle comporte des conséquences très importantes : durcissement des conditions de rassemblement populaire sur les lieux publics, extension des autorisations de port d’armes pour des groupes ou des individus,  protection renforcée des lieux militaire ou civil sensibles, des écoles, des établissements de culte, des espaces de spectacles etc…. On mesure l’effort à accomplir.

Un point important porte sur l’amélioration du renseignement humain, sur l’optimisation des polices nationales entre elles et des polices européennes. Sans compter l’obligation de nourrir les fichiers qui gèrent un espace Schengen renforcé et contrôlé, sans compter enfin un fonctionnement plus systématique du parquet européen.
Ces attentats qui blessent l’âme française nous montrent bien des failles. Malgré les interdictions de circulation sur la Promenade des Anglais à Nice, un 19 tonnes a pu se balader dans la ville pendant 3 jours sans que son chauffeur soit inquiété.  Malgré un maillage serré de caméra, nos communautés urbaines sont vulnérables. Le risque zéro n’existera pas.
Mais surtout c’est l’arsenal judiciaire qui est mis en cause dans le drame de Saint-Etienne-du-Rouvray : l’un des tueurs était fiché, avait été condamné, puis relâché sous « bracelet électronique », probablement dû à la saturation de nos prisons. Le pays « réclame plus de fermeté » titrait un journal ces jours-ci. Voilà le point névralgique : jusqu’où « durcir » quoi ? J’ai le souvenir de nos réactions françaises horrifiées lorsque l’administration américaine du Président Georges W Bush fit voter le « Patriot Act » pour lutter contre le terrorisme à la suite de l’attaque des « Twin Towers » le 11 septembre 2001. « Jamais ça chez nous ! » lisait-on ici ou là. Pourtant nous voilà à notre tour au pied du mur.
C’est un virage fondamental qu’il faut décider maintenant. Il va falloir étoffer les moyens de sécurité, communiquer aux Français un sentiment « de sécurité ». Mais surtout ne pas sortir des règles d’un Etat de droit : outre que la porte serait rapidement ouverte aux dérives liberticides, ce serait amputer ce qui a fait notre force jusqu’à présent. Déjà, il faut s’interroger sur l’ampleur des prolongations à répétition de l’état d’urgence, notamment sur l’efficacité de leur mise en place qui appelle sans doute des règles plus strictes. Mais n’oublions pas que EI veut briser l’Etat de droit qui l’insupporte, fracturer la société, ouvrir des brèches béantes livrées à la peur des populations, ce qui appellera inévitablement au pouvoir des partis autoritaires peu à peu générateurs de luttes civiles. Diviser, pour briser les pays peuplés «d’infidèles ».

Là est la grande question. Jusqu’à quel point le questionnement légitime des oppositions politiques à l’exécutif, est-il bon pour la cohésion nationale, la stabilité de notre démocratie ? Mais à partir de quel point cette attitude répétitive devient-elle un venin dans les veines de notre système ? Questionner les gouvernants est une nécessité, polémiquer à longueur de jour et à renfort de coup de menton pour les uns, de petites dissimulations ou demi vérité pour les autres n’est pas supportable davantage. Ne donnons pas une once de satisfaction à nos ennemis dans cette guerre d’un genre nouveau.
 
Les Français voudraient un gouvernement d’union nationale disent les sondages. Ils ne l’auront pas de sitôt. A défaut, une attitude nationale n’est pas inconcevable : on la doit aux victimes, aux familles, au peuple français, mais aussi à l’exemple des heures graves de notre Histoire. Par exemple, est-il inconcevable que les chefs des oppositions ayant exprimé publiquement leurs constats et leurs critiques proposent au Chef de l’Etat une réunion de travail solennelle pour proposer leurs différentes solutions ?  Est-il inimaginable que le Président puisse refuser cette réunion dans ces circonstances funestes, et rejeter d’un revers de main toutes les propositions ? Non !
Je sais : des Primaires à droite et peut être à gauche, une élection présentielle, des législatives sont en vue. Mais à ce jeu, je ne connais que deux vainqueurs potentiels. D’un côté Daech qui poursuit son sinistre projet. Et chez nous, les extrémistes qui s’enfoncent dans leurs fantasmes, constatant la détresse nationale. Et eux, les élections, ils y pensent matin et soir.

Les citoyens que nous sommes incarnent l’efficacité à l’exécutif, de la dignité au monde politique, et de la mesure pour tout le monde.
 
Jean-Marie Cavada
Président de Génération Citoyens
Député européen








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